Les paroles de son amie apaisèrent la souveraine dont le regard s’était perdu. Elea était l’une des seules à partager, et donc à comprendre la peine qui lui enserrait le cœur. Comme si le Destin avait décidé de préparer la jeune femme à réconforter sa reine en lui ôtant sa propre mère quelques mois auparavant. La générale avait vécu ce que vivait Idril, même si les circonstances étaient plus tragiques pour la plus jeune des deux amazones. Et c’était pourquoi la souveraine était plus encline à l’écouter, elle plutôt qu’une autre, outre son amitié pour la générale. Elea avait l’expérience douloureuse de la perte et savait trouver les mots justes pour rassurer son amie, pour que celle-ci écoute les conseils qu’elle pouvait lui donner. D’ordinaire, Idril n’aimait pas les paroles creuses proférées pour réconforter ceux qui portaient le deuil d’un être aimé. Qui pouvait comprendre ce qu’elle ressentait au plus profond d’elle-même, si ce n’était quelqu’un qui avait traversé les mêmes épreuves ? Parfois, la colère annihilait sa raison, et surpassait son chagrin, à tel point qu’elle ne se reconnaissait plus.
« Il me tarde de trouver l’apaisement que tu as connu, de parvenir à me détacher des liens que forme mon chagrin autour de mes poignets. J’aimerais enfin connaître cette force que l’âme disparue apporte et pouvoir puiser en elle pour réaliser de grandes choses. Mais mes émotions me gouvernent à l’heure qu’il est. »
Les deux jeunes filles restèrent silencieuses quelques instants, durant lesquels Idril lança un coup d’œil vers le ciel, pour observer les couleurs surréalistes du jour qui se lève. La commandante des armées reprit la parole, pour partager un proverbe qu’on lui avait enseigné par le passé. Le regard émeraude de la souveraine se voila légèrement. Pouvait-elle réellement espérer comprendre ce qu’il s’était passé ce jour là ? Connaîtrait-elle un jour la vérité ? Même si la folie du Seigneur Nordique était arrêtée, pourrait-on expliquer son crime ? La jeune femme en doutait sérieusement. Son passé aliénait son présent et son avenir, sans qu’elle puisse maîtriser sa destinée. Elle s’allongea dans l’herbe, les bras croisés en dessous de la tête et les yeux toujours rivés vers le ciel. Son air semblait résigné, là où autrefois il aurait été animé par la colère.